Revue de presse '' Taille et Toque 2016''

Et si l'âne de saint Martin avait inventé la taille de la vigne ?                               


Philippe Boucard (à g.) explique à un connaisseur normand comment bien tailler la vigne. - Philippe Boucard (à g.) explique à un connaisseur normand comment bien tailler la vigne. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    
Philippe Boucard (à g.) explique à un connaisseur normand comment bien tailler la vigne.
Année Saint-Martin oblige, en pleine saison de taille dans le vignoble bourgueillois et chinonais, ressurgit la vieille légende. A Ingrandes-de-Touraine, on a même reconstitué l’affaire.

On ne prête qu'aux riches, diront certains sceptiques. Mais qu'importe, lorsqu'il s'agit de légendes que l'on associe à quelques personnages illustres. Saint Martin en fait partie, pour ne pas dire que l'évêque de Tours est associé à nombre de croyances et de hauts faits qui entretiennent le mythe.
2016 étant, qui plus est, l'année Saint-Martin, marquant le 1.700e anniversaire de sa naissance, cela a donné l'idée à quelques compères du Bourgueillois, de rappeler, reconstitution à la clé, cette légende qui veut que le saint homme soit à l'origine de l'invention de la taille de la vigne.
Comme l'explique Guillaume Lapaque, directeur du syndicat des vins : « Selon la légende, visitant ses moines, saint Martin attacha son âne à un piquet de vignes. L'âne brouta un pied de vigne et les moines, d'abord furieux, s'aperçurent à la vendange que le pied de vigne brouté par l'âne de Martin donnait de meilleurs raisins. C'est depuis ce temps que la vigne se taille court et que les ânes s'appellent Martin » !
La taille Guyot
Vraie ou pas, l'anecdote est savoureuse et rend la légende presque crédible. Restait à trouver une façon originale de reconstituer l'épisode de la vie du saint. Cette reconstitution haute en couleurs a eu lieu, hier samedi, à Ingrandes-de-Touraine, dans le cadre de la journée " Taille & Toque ", organisée en association par le très réputé Domaine Lamé-Delisle-Boucard et son voisin, le restaurant Vincent Cuisinier de campagne, qui proposent à pareille époque, depuis deux ans, à leurs clients une initiation à la taille de la vigne.
Venus parfois de loin, une vingtaine d'amateurs de bon vin ont donc pu découvrir les gestes précis de la taille dite Guyot simple, qui ne laisse que six bourgeons sur une seule baguette par cep.
Philippe Boucard s'est mué en professeur et a veillé au bon travail de ses élèves d'un jour sur la parcelle d'un hectare et demi, appartenant à Vincent Simon, le cuisinier belge devenu restaurateur local réputé et plein d'imagination. N'a-t-il pas en effet lâché 250 poules qui entretiennent à leur manière le sol de sa vigne ? Et on lui doit aussi l'invention d'une sauce ketchup au bourgueil et d'une bière au cabernet franc !
C'est Madeleine, la jeune fille de la maison, qui s'est chargée de tenir l'âne amené pour l'occasion, et qui a montré combien l'espèce était friande de sarments frais… Mieux valait d'ailleurs ne pas laisser l'animal en liberté si l'on ne voulait pas que la future cuvée de « L'Enclos des poules » que vinifie Philippe Boucard pour le restaurateur belge, ne soit réduite à portion congrue.
En tout cas, la démonstration a pu donner corps à la légende, et alimenter les conversations à l'issue de la séance de taille, à l'heure où le restaurateur a fait goûter à ses hôtes tourangeaux les vraies frites belges, cuites à la graisse de bœuf, dont on dit qu'elles sont les meilleures du monde. Et, cette fois, ce n'est pas une légende !
     
La Nouvelle République du 28 février 2016